Du Caractère Relatif de la Présence des Choses

enregistré à la Ménagerie de Verre (Paris) en mars 2013

PNEUTABLE

Du caractère relatif de la présence des choses est un spectacle relatif (son titre en a précédé l’écriture, c’est dire ). Il est à l’IRMAR ce qu’un manifeste est parfois au genre dont il traite : l’urgence de proposer autre chose, en l’occurrence ici, moins de choses, car nous savons qu’il y en a trop .
C’est un spectacle qui se mord la queue, qui parle de lui-même entre autre, de ceux qui le font aussi, et surtout de pourquoi ils en sont arrivés là : à se préférer chercheurs plutôt que baladins, obstinés plutôt qu’inspirés, modernes plutôt que post-modernes.
Mais plus qu’un simple laboratoire d’études sécurisées sur la machinerie théâtrale, ses rouages viraux et ses éruptions performatives, DCRDLPDC tente de retenir la tension naturelle qui gronde entre les choses et les évènements, d’en extraire le potentiel de neutralité sonore et physique, et d’épuiser le cœur du sujet, de ses sujets.

« Ici et là » pourrait définir la mission assignée par l’équipe dirigeante aux quatre comédiens/chercheurs/opérateurs présents et absents sur le plateau.
« Comment » et « au nom de quoi » furent leurs réponses.Dit autrement, aller dans le trou de la relation entre la matière et la vie.
Diplomatiquement, jouer.
Avec le plaisir pur d’une parole sans mots d’ordres, de bruits invétérés et d’images patientes, un espace probable de réunions enjouées et de solitude totale.


RECLAME / DU CARACTERE RELATIF DE LA PRESENCE… par IRMAR-Neutre

VIDEO PROMOTIONNELLE POUR LA PREMIERE REPRESENTATION AU JTN
DU CARACTERE RELATIF DE LA PRESENCE DES CHOSES


Du caractère relatif de la présence des choses par IRMAR-Neutre

C’est le premier véritable spectacle de l’IRMAR . Il s’agit d’une écriture de plateau, qui s’intéresse à des principes de musique (partition) et de théâtre (entrées et sorties, coulisses, espace frontal…).

Il y a quatre acteurs.
Il y a aussi des objets: une table, deux pneus, des magnétophones, des sonnettes, un chronomètre, des claviers, des morceaux de fer, un radiateur, un sac en plastique bleu, un ventilateur, des tourne-disques, une boîte noire télécommandée, un microphone, une chaise à roulette, une basse dans une boîte noire, une petite boîte noire et cubique en fer, un casque audio, une radio, un sac en cuir, un entonnoir métallique et d’autres choses qui ne se voient pas.
Il y a des sons.
Il y a du silence.
Il y a un traitement de l’absence et de la présence des acteurs.
Il y a des anecdotes sur des trucs .
Il y a de la parole de John Cage.
Il y a l’évocation de Jean François Copé.
Il y a de la mise en abîme.
Il y a un travail sur la neutralité (des choses et des humains).
Il y a quelque chose de la bureaucratie.
Il y a quatre ou cinq tableaux.
Il y a un moment dans le noir total.
Il y a de la musique enregistrée sur des magnétophones.
Il y a un effet lumineux.
Il y a parfois un grand calme.
Il y a l’évocation de la Mer.
Il y a la société industrielle.
Il y a de l’humour.
Il y a des tentatives de rendre visibles les sons.
Il y a des magnétophones qui débattent.
Il y a une conférence.
Il y a trop de bruit, à un moment.
Il y a une trop grande lenteur, à un autre moment.
Il y a une certaine sorte d’amour et de patience.

VIDEOS PROMOTIONNELLES POUR LES REPRESENTATIONS AU TJCC – CDN DE GENNEVILIERS


Petit déjeuner relatif par IRMAR-Neutre


DU CARACTERE RELATIF DE LA PRESENCE DES CHOSES par IRMAR-Neutre


Presse

Chroniquer pour rien?

Ils font partie de l’I.R.M.A.R (Institut de Recherche Menant à Rien) et présentent ce soir à Marseille leur dernière création: Du caractère relatif de la présence des choses. En deux titres et trois mouvements (bien plus en vérité !), ce collectif « informel » (ce n’est même pas une compagnie !) sème le trouble.

Comment nos sociétés industrialisées hyper contrôlantes finissent-elles par produire le « rien »? A l’issue de la représentation, la poésie en a profité pour faire le vide!
Pour nous accueillir, nous sommes plongés dans un long moment de silence, dans le noir. On entend le souffle (coupé) du voisin comme si le corps « productif» du spectateur, stimulé tout au long de la journée, devait laisser sa place à l’imaginaire. Puis un vacarme issu des coulisses envahit l’espace. Des bruits métalliques et de moteurs font trembler le sol: la société industrielle s’effondre sous le poids de sa rationalité.
A ce moment précis, notre corps disparaît de cette mécanique folle pour rejoindre un ailleurs, à l’image d’une silhouette que l’on voit passer et qui se volatilise derrière les gradins. Magique.

La lumière jaillit puis la scène les accueille. Quatre comédiens surgissent : ils semblent improductifs habités par un rôle qui leur échappe. Le « rien » s’incarne dans ce matériel des trente glorieuses qui envahit l’espace (pneu, magnétophones, chronomètre, tourne-disque, souris filaire, gros casque audio) tandis que le Metteur en Scène échange du « rien » depuis les coulisses avec une administration censée sûrement le financer : la mécanique est partout et l’artiste s’y plie même si cela doit le faire périr. Alors que nous sommes propulsés dans une société de l’immatérialité, où plus que jamais l’homme et le lien devraient être au centre de tout, nous mécanisons à outrance pour produire de l’inefficace. Tout n’est qu’équilibre précaire, mais au moins cela donne l’illusion que tout est à sa place : c’est le triomphe du rationalisme, de la case, du quantitatif appliqué uniformément à tous les champs de la société. L’homme, l’artiste, n’a qu’à se plier à ce chronomètre qui mesure même le beau. La société moderne de l’industrie n’a pas dit son dernier mot: elle a encore de belles années pour nous faire subir sa fumée polluante et ses implacables rouages.

Là où les artistes Rodrigo Garcia et Jan Fabre nous dégueulent dessus pour dénoncer la société de consommation, les metteurs en scène Victor Lenoble et Mathieu Besset convoquent la poésie pour donner au spectateur la ressource d’échapper à ce déluge de modernité. C’est ainsi que différents tableaux stimulent nos cinq sens pour participer au combat de la poésie contre la barbarie du rationalisme. Alors que les mots d’une langue inventée traversent une boîte à musique (celle d’Heiner Goebbels ?), ils se perdent dans une oeuvre faite d’articulations entre le fer, des balles de mitraillette et le symbolique sac « plastique ». Le poète, le musicien, le plasticien sont ainsi traversés par les mots. Parce que le fragile prend le pas sur le solide, l’instant est inoubliable. Tandis que la mer émerge d’un tourne-disque, on apporte un ventilateur et un petit chauffage électrique. L’atmosphère du film « Les plages d’Agnès » d’Agnès Varda s’immisce alors dans monimaginaire de spectateur respecté.

La poésie finit par gagner du terrain, à l’image de ce chariot métallique, transformé en table de mixage délirante qui métamorphose le propos creux en discours du rien. Les artistes (tous exceptionnels par leur présence) n’ont plus qu’à quitter la scène pour laisser quatre magnétophones usés et fatigués nous offrir une symphonie rhétorique qui tourne à vide. Et l’on reconnaît le discours bien huilé de nos politiques et journalistesqui, faute d’utopies, continuent le matraquage d’une pensée unique gravée dans le marbre de la société industrielle de papa.
Avec les artistes emmenés par Victor Lenoble et Mathieu Besset , avec Pippo Delbono et ses fous, avec Steven Cohen et son « pédé papillon », le spectateur, habité de poésie, contemple ce « rien » et se fait une promesse : préférer les traversées hasardeuses aux chemins tout tracés qui ne mènent à rien.

Pascal Bély – www.festivalier.net
LE TADORNE, 19 octobre 2009.

à propos du Caractère Relatif de la Présence des Choses.

Vers un théâtre décomplexé

Visuel

 

 

En contrepoint à l’exubérance anarchique du Zerep, les jeunes membres d’Irmar – Institut des Recherches
Menant à Rien !, issus de l’Ecole régionale d’acteurs de Cannes et du projet d’improvisation sonore Neutr,
plongent le plateau dans l’obscurité. Seuls les rouages d’un ballet invisible, grincements mécaniques et bruits
de pas, habitent la scène. Invasive, allant jusqu’à coloniser les coulisses et la salle de spectacle, nourrie
d’incessants va-et-vient, cette dramaturgie sonore expire sous le coup du retour brutal de la lumière. Sa
genèse achevée, le règne des objets peut enfin s’épanouir.

Car chez Irmar, l’inanimé est maître de cérémonie. Les choses, dont la présence relative est ici
questionnée, structurent le récit et l’espace, s’organisent en une géométrie élémentaire rappelant les lignes
de l’art minimal. L’association entre un pneu et une table prend la dimension d’une sculpture ou d’une
installation ; le son, dans sa logique expérimentale, se charge d’une plasticité nouvelle ; la cohabitation entre
une radio, un radiateur, un ventilateur et une serviette de plage métamorphose la scène en un paysage
maritime. Là, au coeur de ce dispositif singulier, un sac en plastique flottant dans l’air comme un cerf-volant
nous évoque les objets dansants de Christian Rizzo…

A croire que le rien, le vide, exploré inlassablement par le groupe Irmar, conduit bien à « quelque chose »,
à une réflexion sur l’illusion du spectacle ou plus certainement encore, à une poésie des plus envoutantes.

Cécile Piettre, Paris-Art.
20 mai 2010

Une sorte d’état d’alerte

L’obscurité totale, à laquelle on peine à s’habituer au début du spectacle, renforce le caractère inquiétant des sons provenant des coulisses. Le public, à l’écoute de bruits aléatoires et angoissants, se trouve dans une étrange posture. Une sorte d’état d’alerte dans lequel la démarche du collectif plonge le spectateur tout du long. Loufoque et distanciée, leur attitude crée l’étonnement, le rire et parfois l’interrogation, mais ne peut en aucun cas laisser indifférent.

Les comédiens silencieux se déplacent avec précision sur un plateau nu, qu’ils agrémentent d’objets pour la plupart anciens : une table de cuisine en Formica, une valise, un chronomètre, une radiocassette ou une platine vinyle. Le texte, lui, vient des coulisses. « L’acteur caché », tel qu’il se définit (interprété par Solal Bouloudnine), s’exprime dans un micro d’une voix calme et posée. Il présente la démarche de l’IRMAR en alternant le français et un anglais approximatif, pour les anglophones qui seraient présents dans la salle, ce qui provoque l’hilarité du public. Il confie également que la première idée de titre était : Du caractère relatif de la présence des choses ou Jean-François Copé. Mais, n’ayant finalement pas trouvé de lien entre les deux, ils ont préféré supprimer la deuxième partie du titre.

Cependant, ils ont conservé dans le spectacle une anecdote liée à ce qu’ils ont découvert de Jean-François Copé, disent-ils : la pratique du piano. Le comédien Olivier Veillon entre alors en scène avec un synthétiseur, pour une confrontation truculente et cocasse. « Olivier à été choisi pour jouer ce personnage, car sa présence assume divinement bien le vide. » C’est ainsi que la voix off définit l’impassibilité de l’acteur. Une apathie qui ne l’empêche pas de s’engager dans une lutte sonore improbable avec l’homme au chronomètre (Baptiste Amann). Un face-à-face invraisemblable où c’est à celui qui aura le dernier mot, ou plus précisément, la dernière note.

Savoureux et atypique, le collectif IRMAR, très inspiré par les dadaïstes et le musicien John Cage, se place indéniablement au cœur de l’émergence. Il expose avec beaucoup d’humour, de finesse et de fraîcheur, le caractère relatif de la présence des choses, dont les derniers mots de la pièce – « je suis juste là » – pourraient constituer une sorte d’explication, voire de définition.

Laure Quenin
http://www.lestroiscoups.com/

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